On sait que les lobbies de toutes sortes s’activent sans cesse pour défendre des intérêts particuliers. Ainsi en 2019, 11 800 organisations de lobbying étaient déclarées auprès du parlement et de la commission européenne, soit 37 000 personnes selon l’ONG Transparency international, une augmentation exponentielle tout comme celle de l’argent consacré à ce business, soit 3 milliards d’euros par an, chiffre de 2012 largement dépassé sans doute.

Plus précisément, une enquête au long cours du Monde et du collectif « the investigation desk » révèle l’alliance secrète tissée entre le lobby du tabac et les réseaux de magnats américains du pétrole pour empêcher les réglementations sur la cigarette électronique.
Pour faire vite, il faut comprendre que toutes les grandes firmes du tabac qui produisent toujours des cigarettes, ça leur rapporte 586 milliards d’euros chaque année, se sont mises aussi à produire des cigarettes électroniques qui représentaient déjà en 2019 un marché de 13 milliards d’euros. C’est ce qu’on appelle ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…
Autres éléments à connaître pour l’OMS : l’organisation mondiale de la santé en particulier, la science n’a pas encore suffisamment de recul pour trancher sur les dispositifs électroniques, interdits dans trente-deux pays. Des mises en garde régulières contre les nouveaux produits exaspèrent les partisans de la « réduction des risques », qui les vantent comme moins nocifs que la cigarette. Big Tobacco c’est ainsi que les auteurs de l’enquête qualifie l’industrie du tabac utilisent en effet la notion de réduction des risques pour se présenter comme interlocuteur crédible en matière de cigarettes électroniques ; en fait un outil marketing.

Mais Big Tobacco s’avance masqué derrière des organisations écran qui portent son message sous des dehors plus présentables, c’est le cas de la World Vapers’Alliance (Alliance mondiale des vapoteurs), alliance elle-même cache nez du Consumer Choice Center (Centre pour le choix des consommateurs, CCC). Ces organisations de lobbying sont censées représenter les usagers consommateurs, souvent ce ne sont que des coquilles vides financées donc par Big Tobacco pour peser sur les décisions politiques. Les campagnes sont assurées par l’agence de com Red Flag, la même qui en 2017 a organisé une campagne de soutien au glyphosate dans huit pays européens orchestrée pour le compte du groupe agrochimique Monsanto. Red Flag travaille aussi pour Lucky strike, Dunhill et compagnie, la boucle est bouclée.Derrière tout cela encore, l’idéologie libertarien, celle qui anime les supporters de Trump aux Etats Unis, soit une hostilité viscérale à toute intervention du gouvernement qui dicterait leurs choix de vie aux individus. En lutte pour la suppression des impôts et des programmes d’aide sociale et médicale, ce mouvement plaide pour un contrôle minimal du monde des affaires et des activités industrielles, notamment dans le domaine de l’environnement. Idéologie logiquement, ai-je envie de dire, soutenue financièrement par les milliardaires américains dont les frères Koch, 27ieme place au classement Forbes des plus riches au monde. Ils entretiennent disent les auteurs de l’enquête une myriade de fondations et de think tanks, qui financent à leur tour organisations, consultants et commentateurs dont la parole dans les médias, d’apparence indépendante, façonne le débat public et assure la dissémination de leurs idées. Un système de poupées russes à la complexité infernale qui a « changé l’Amérique ». Et maintenant le monde ? Et pendant ce temps-là la gauche française se dispute le fond du classement électoral… On n’est pas sorti des ronces !